Hommage à Gaston SCHOONBROODT…

Hommage à Gaston SCHOONBROODT décédé le 22 avril 2020 à l’âge de 89 ans

 

 

 

 

 

 

Il est connu des médias pour avoir célébré avec grande émotion les funérailles de Julie et Mélissa en 1996. Mais par ailleurs il est aussi doublement objecteur de conscience.

D’abord il a choisi d’exercer son ministère en tant que prêtre-ouvrier à une époque où le pape Pie XII, pris de panique et radicalement anticommuniste, avait interdit dès 1954 aux prêtres d’exercer un métier partout dans le monde en étant prêtre. Ils avaient le choix : prêtre et seulement prêtre dedans, sinon dehors ! Mais cas unique, à Liège, l’évêque du lieu, Monseigneur van Zuylen, faisant objection à l’ordre du pape, autorisa la poursuite du travail de ses prêtres-ouvriers qu’il a d’ailleurs tenu à voir très régulièrement. Gaston fut donc bien soutenu dans son choix de vie par son évêque-objecteur. Rappelons qu’il fallut attendre la fin du concile Vatican II pour que cette interdiction papale soit levée.

Alain Faniel se souvient : Quand j’habitais Liège, je prenais souvent le bus Place de la République française, où Gaston vendait les billets et abonnements dans une petite aubette, et nous papotions à l’occasion. Il était chauffeur de bus et, à ce titre, devait passer un examen médical chaque année. Lors d’un de ces contrôles, on lui a annoncé tout à trac qu’il n’avait plus la vue suffisante pour conduire un bus. Du jour au lendemain, il s’est retrouvé à la vente des billets, et ce fut un choc pour lui. C’était vraiment un chouette bonhomme, qui vivait sa foi comme une interrogation permanente.

Sa deuxième objection fut certes moins discrète, à son époque elle eut même un grand retentissement. Cette histoire se passe en pleine bataille pour l’obtention d’un Statut pour les Objecteurs de Conscience. Dans le livre « Les objecteurs de conscience 1919-1984 » Carine Jansen raconte ce que les médias ont présenté comme l’affaire des trois prêtres : deux vicaires de Quaregnon ainsi que Gaston, vicaire à Seraing, se déclarent objecteurs de conscience en mai 1963. L’affaire suscite une telle campagne de soutien que le gouvernement renonce à les arrêter… Ce qui provoque de nouvelles réactions car des dizaines d’objecteurs sont toujours en prison à ce moment ! Par exemple, le journal « La Wallonie » questionne : Un « rebelle » en civil vaut-il oui ou non un rebelle en soutane ? En fin de compte cela va avoir un effet accélérateur pour le projet – tant de fois reporté – d’un Statut des Objecteurs de Conscience qui sera voté en juin 1963 au Sénat par 105 voix pour, 21 contre et 2 abstentions ; et en mai 1964 à la Chambre à l’unanimité moins une unique abstention.

L’étape suivante sera celle de la mise en place du Service Civil, d’abord à la Protection Civile puis dans les organismes d’utilité publique. Ce qui entraîne avec l’Université de Paix un projet de formation plus adapté et ouvert aux méthodes nonviolentes de résolution de conflits. Dans ce cadre, nous avons eu la chance d’accueillir au Centre de Tihange différents témoignages dont celui de Gaston Schoonbroodt qui, avec bon sens et simplicité autant qu’avec détermination nous parlait du rôle essentiel de l’objection de conscience dans la construction d’un monde de Paix.

Merci Gaston et bien le bonjour à Jean. (1)

Jean-François Lecocq

(1) Van Lierde, décédé en 2006