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L’objection de conscience au service militaire en Belgique

Le 6 novembre 2025 – avec Pressenza

Un des premiers objecteurs est Berten Fermont, qui refusa le service militaire en 1931 pour la raison qu’il ne voulait pas servir un État qui, selon lui, s’opposait à la cause flamande ; il est décédé en 1933.

En 1933, du côté francophone, deux personnages libertaires, Marcel Dieu et Léo Campion ont renvoyé leurs livrets militaires et ont été traduits en justice. Ils ont été emprisonnés et défendus par l’avocat Paul-Henri Spaak, futur ministre. Finalement ils ont été condamnés au renvoi de l’armée. Comme l’a exprimé avec verve Léo Campion, homme de spectacle et humoriste, on les a mis hors de l’armée parce qu’ils ont refusé d’y entrer.

Après la Seconde guerre, un homme se détache au milieu d’autres qui refusaient courageusement le service militaire : Jean Van Lierde. Engagé dans la résistance à Wavre, lors de la libération de la ville en 1944, il s’oppose au lynchage des prisonniers allemands parce qu’il ne veut pas que les Belges fassent aux envahisseurs, ce qu’eux-mêmes avaient subi de la part des Nazis.

Il décide dans la suite de ne pas accepter d’être incorporé dans l’armée. Il effectuera plusieurs séjours en prison et sa déclaration de 1951 devant le conseil de guerre est un document de référence pour les objecteurs de conscience belges. Entretemps le député socialiste Gaston Baccus avait, seul, en 1950, déposé une proposition de loi introduisant le droit à l’objection de conscience. Il est mort un an après et sa proposition n’a pas eu de suite.

À la suite de négociations où intervient le chanoine Cardijn, fondateur de la Jeunesse ouvrière chrétienne, Jean Van Lierde accepte en 1953 un travail dans la mine comme préfiguration du futur service civil à la collectivité. Il a travaillé au charbonnage du Bois du Cazier à Charleroi, celui-là même où trois ans après son départ éclatait la plus grande catastrophe minière belge. Il devait y rester deux ans mais en fut chassé au bout de six mois parce qu’il s’était battu contre les conditions épouvantables vécues par les ouvriers mineurs, pour la plupart étrangers, qui ne suscitaient guère de compassion. Il a relaté cette expérience dans son texte « Six mois dans l’enfer d’une mine belge ».

En 1963 trois prêtres du Borinage – autre région minière – refusent d’intégrer l’armée.

Cela accélère l’évolution de la loi et le statut des objecteurs est finalement adopté en 1964 pour éviter le scandale. Il prévoit l’objection au service militaire armé seulement ou l’objection à tout service militaire.

De 1964 à 1969 les objecteurs de la deuxième catégorie sont intégrés à la protection civile. Toutefois, la participation de cette institution à des activités militaires provoqua la grève des pionniers du service civil, dont Jean-François Lecocq. À partir de 1969 les objecteurs peuvent être détachés dans des associations. De plus, les miliciens qui ont accompli le service militaire peuvent encore demander le statut avant le premier rappel. Ce dernier progrès a été obtenu par l’action de Pierre Debbaut d’abord poursuivi en justice avant d’obtenir satisfaction.

En 1975 la loi précise les modalités de l’affectation à la protection civile et dans des organismes de santé, sociaux ou culturels.

Entretemps ont été créés par les associations pacifistes le Burgerdienst voor de Jeugd (BDJ), du côté flamand et la Confédération du service civil de la jeunesse (CSCJ) du côté francophone, qui vont informer massivement sur l’existence du statut des objecteurs de conscience et leur venir en aide. Les communes où les jeunes hommes sont inscrits sur les listes de milice sont sollicitées pour les informer dès l’année de leurs 16 ans. C’est ainsi que le prince Philippe, futur roi, recevra de la ville de Bruxelles le dépliant édité par la Confédération informant sur les possibilités de demander le statut des objecteurs de conscience.

Au cours du service, le CSCJ et le BDJ ont organisé avec d’autres associations et avec l’accord du ministère de l’Intérieur, compétent pour l’objection de conscience, des formations civiques à la non-violence.

L’application de la législation sur la conscription et du statut des objecteurs de conscience a été suspendue en 1994 ; plus aucun jeune n’étant appelé, la procédure d’obtention du statut n’est plus en vigueur.

Au total, de 1964 à 1994, environ 30.000 objecteurs de conscience ont été reconnus.

Aujourd’hui le gouvernement belge a décidé d’envoyer à tous les jeunes hommes et toutes les jeunes femmes qui atteindront 18 ans dans l’année suivante une lettre les invitant à se porter volontaires à l’armée, mais il n’est pas encore question du rétablissement du service militaire. Celui-ci est d’autant plus improbable que l’armée ne dispose ni des locaux ni du personnel d’encadrement pour de futurs miliciens.

Une alternative intéressante était le service citoyen, instauré par le parlement fédéral. Il s’agissait pour les jeunes Belges d’un service volontaire de six mois dans la vie civile, pour des actions de santé, sociales ou culturelles. Malheureusement, ce service a été annulé par la Cour constitutionnelle en raison d’un empiètement sur les compétences des autorités fédérées. Celles-ci pourraient le réinstaurer, chacune pour son compte, mais rien ne se dessine politiquement dans ce sens.

L’action des mouvements pacifistes belges porte donc surtout sur le soutien aux conscrits objecteurs de conscience européens, et particulièrement russes, biélorusses et ukrainiens.

Jean Louis Vander Heyden, objecteur de conscience.