De la mauvaise foi de l’opposition de droite en Bolivie (opinion)

Un ami d’Agir Pour la Paix qui vit en Argentine nous écrit sur la situation en Bolivie et en Amérique latine:

Le 11 novembre, à 22h30 à Buenos Aires où je vis depuis 25 ans, j’ai vu ce que la chaine française TV 5 Monde disait sur le coup d’état en Bolivie. Horrible. On y parlait de la « démission » d’Evo Morales, on passait de brèves entrevues avec des manifestant(e)s joyeux/ses car le pays était enfin « libéré »… Il ne s’agit pas vraiment de « fake news » (fausse infos), mais d’une vision complètement dominée par une presse au service du néolibéralisme, aux mains des grands groupes économiques, reproduite sans analyse ni critique.

Pour moi, Morales aurait du accepter le résultat du référendum de 2016 sur la question de la réélection (51% contre, 49% pour). Au lieu de cela, il a eu recours à la justice et a finalement pu se représenter à nouveau aux élections du 20 octobre dernier. J’ignore pourquoi il semble si difficile aux mouvements sociaux et politiques de la région de préparer d’autres dirigeants pour prendre la relève quand il est temps. Je crois qu’Evo Morales n’a pas appris les leçons du Venezuela, où l’opposition de droite oligarchique, après avoir perdu de nombreuses élections (transparentes), a fini par les saboter, en suivant des instructions principalement des États Unis.

Il faut rappeler aussi que Morales allait finir son mandat actuel le 22 janvier 2020, dans 2 mois. De trop pour l’opposition bolivienne, qui avait accepté cependant de participer librement aux élections d’octobre, que Morales a gagnée. Et le problème est que l’opposition, de droite, n’accepte les résultats que si elle gagne…

La Bolivie avait toujours été le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, un pays qui a connu plus de 180 coups d’état depuis son « indépendance » -ce qui démontre aussi le rôle des militaires-. Mais depuis 2006, il y a eu une grande stabilité, une croissance économique avec une augmentation du bien-être de la population. Pour ce faire, Morales a « nationalisé » l’exploitation du gaz, pétrole, lithium, sans pour autant voir les entreprises étrangères fuir le pays, puisqu’elles ont continué à faire leur beurre. Mais elles -le « vrai pouvoir » économique- ne lui ont jamais pardonné de devoir partager, ne fut ce qu’un peu.

La pauvreté a énormément diminué, la scolarité a augmenté, l’accès à l’eau potable, eau, gaz, électricité a fortement augmenté aussi, et la classe moyenne a grossi -et comme elle pense que la politique n’a rien à voir avec ce phénomène, elle est maintenant opposition. Comme disait il y a un mois l’ex vice-président bolivien, “l’intellectuel de gauche” Alvaro García Linares, la classe moyenne a délaissé le syndicat et s’est tournée vers WathsApp (programme “Brotes Verdes”, chaine C5N, Buenos Aires).

Autre chose qu’il faut comprendre, c’est le profond racisme qui existe en Bolivie. La province de Santa Cruz, une des plus riches, a été un refuge pour des nazis après la deuxième guerre mondiale; une province dans laquelle existe un genre d’apartheid, c’est de là que provient Luis Fernando Camacho. Camacho ne se présentait pas aux élections, mais c’est devenu subitement le nouveau leader qui lutte contre la “dictature” et pour la liberté, la bible à la main. Un genre de Guaidó vénézuélien, qui se déclare un beau matin président de son pays, et reçoit très vite l’appui de Trump et ses valets du sous continent: Macri, Bolsonaro, Piñera, Lenin Moreno, Duque… rien que du beau monde. Et c’est aussi la bible qu’agitait Jeanine Añez hier, la “présidente” bolivienne provisoire, autoproclamée par un parlement à moitié vide. La bible reprend le dessus, la “Pachamama” (“Terre Mère”) des 60% d’indigèn(ne)s de Bolivie doit être oubliée. Les racistes n’ont jamais accepté qu’un Aymara puisse être président, que les indigèn(ne)s puissent jouir de droits humains…

Les présidents de droite et extrême droite Macri, qui vient de perdre les élections présidentielles en Argentine, Piñera, qui se résigne à modifier la constitution de Pinochet en vigueur au Chili, Bolsonaro, arrivé au pouvoir au Brésil après un coup d’Etat pseudo juridique contre Dilma Rousseff et la détention illégale de Lula, Moreno qui vient de devoir faire marche arrière avec des mesures économiques dictées par le FMI en Équateur, n’ont pas parlé de “coup d’état”, même après qu’un général bolivien a annoncé qu’à la demande de la police, les forces armées allaient participer au rétablissement de la paix… et que cela prendra le temps qu’il faudra…

Cela fait vraiment peur…

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