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Les chefs d’État européens se réunissent les 19 et 20 décembre. Au programme: “Une industrie européenne de la défense plus forte (…)*”

Depuis un certain temps maintenant, Vredesactie et Agir pour la Paix surveillent l’Union Européenne de près. Sans aucun doute, celle-ci est devenue une véritable puissance militaire: elle a l’autorité, les institutions et les structures opérationnelles pour mener des interventions militaires dans le monde entier. Cependant, à cause d’un manque de vision commune en politiques extérieures, peu de missions militaires sont actuellement menées au nom de l’UE. Durant ces dernières années, ses États membres ont participé à diverses guerres, au sein d’alliances continuellement modifiées. Tony Blair fut la force motrice pour la guerre en Iraq. La France ouvre la marche quand ses intérêts dans la “Françafrique” sont en danger… Pourquoi l’Europe militaire serait-elle moins belliciste que ses États membres?

Le but: une industrie d’armements florissante

L’une des évolutions les plus inquiétantes est celle de l’influence de l’industrie de l’armement sur les politiques européennes. Qu’il s’agisse des tâches de défense commune, des règles sur l’exportation d’armes, des priorités d’une politique européenne de la recherche ou même de celle de l’immigration, de l’Internet, de la santé ou du transport international, l’industrie de l’armement sait comment se tailler la part belle. Les chefs d’entreprise et les lobbyistes de l’industrie de l’armement sont consultés en tant que spécialistes de la défense et de la sécurité, et ils contribuent à l’élaboration des politiques. Le fait que, par définition, ils soient guidés par des intérêts commerciaux, est commodément oublié ou jugé sans importance. Ces «experts» connaissent pourtant trop bien l’intérêt qu’il y a à vendre leur produit, et comment y parvenir. Afin de devenir actifs sur toujours plus de marchés et de domaines d’action, ils présentent tout d’abord chaque phénomène de société comme un problème. Ensuite, ils tournent chaque problème en un problème de sécurité. Et enfin, ils font valoir que pour chaque problème de sécurité, il existe une solution technologique… Et bien sûr, ils peuvent justement offrir cette technologie à un bon prix!

L’agence Européenne de la Défense (AED)

Il n’y a pas de vision européenne commune concernant la politique étrangère et la défense, mais une affirmation est sans cesse ressassée: l’Europe a besoin d’une industrie de l’armement puissante. C’est-à-dire, pour utiliser le “EU-novlangue”, d'”une base technologique et industrielle innovante et compétitive de défense européenne”.

L’ensemble de l’UE semble imprégnée de cette évidente vérité: prendre soin d’une industrie de l’armement florissante est l’un des objectifs les plus importants de l’AED. Ce n’est pas pour rien que les entreprises d’armements chérissent l’AED. Mais la Commission européenne participe, elle aussi, impatiemment: en 2011, le président de la Commission José Manuel Barroso et le commissaire à l’industrie et à l’entrepreneuriat Antionio Tajani ont lancé un Groupe de Travail (Task Force) pour renforcer l’industrie de l’armement. Dans un dialogue direct avec l’industrie de l’armement, la Commission européenne étudie comment elle peut aider l’industrie à demeurer concurrentielle à l’échelle mondiale. Mi-2013, le groupe de travail fera connaître ses recommandations

La recherche européenne finance la technologie de l’armement: Horizon 2020

Sur le papier, l’Union européenne n’octroie de fonds qu’aux programmes de recherche civile. En pratique, nous savons que les industries d’armement reçoivent une belle part du gâteau. Cependant, dès 2014, de nouvelles règles entreront en vigueur. Le nouveau programme de financement de l’UE est appelé “Horizon 2020” et courra de 2014 à 2020.

Dans sa proposition initiale, la Commission européenne rappelait que les programmes de recherche ne devraient conduire qu’à des fins civiles. Mais certains membres du Parlement le voyaient d’un autre œil. Des alliés bien connus de l’industrie de l’armement tels que l’allemand Christian Ehler et l’ex-agent secret français Arnaud Danjean, soumirent des amendements pour supprimer cette phrase de la proposition. Le cadre juridique pour Horizon 2020 n’est pas encore terminé, mais la prudence est de mise.

Limiter l’exportation des armes: mauvais pour l’industrie de l’armement

Enfin, la fortification de l’industrie de l’armement est un but ouvertement déclaré par la vision commune des membres de l’Europe. Dans la conception de celle-ci, furent établis huit critères, à être pris en considération par les États membres dans le choix d’accorder ou non des licences d’exportation d’armes. Malgré tous les beaux principes de démocratie et de droits de l’Homme que ces premiers comportent, les États membres doivent aussi prendre en considération le fait que refuser d’attribuer des licences d’exportations d’armes est néfaste pour l’industrie de l’armement. La licence wallonne pour la livraison d’armes de la FN Herstal à l’armée de Kadhaffi pendant la révolte libyenne est un triste exemple du type de résultats que cette “considération” peut engendrer…

*: “Une industrie européenne de la défense plus forte: il s’agit de développer une base industrielle plus intégrée et plus compétitive pour l’industrie européenne de la défense, grâce par exemple au bon fonctionnement du marché de la défense ainsi qu’aux activités de recherche et de développement. Une industrie européenne de la défense plus forte est également synonyme d’emploi, d’innovation et de croissance: elle emploie près de 400 000 personnes, génère jusqu’à 960 000 emplois indirects et est source de nombreuses innovations.” – (source : http://www.european-council.europa.eu)