Blocage d’une fabrique de bombes nucléaires (UK) – Photos / Récit

Ces 7, 8 et 9 juin, trois volontaires et un permanent d’Agir pour la Paix se sont rendus à l’Atomic Weapons Establishment à 70km à l’ouest de Londres, base sur laquelle les bombes atomiques dédiées au programme nucléaire sous-marin”Trident” sont assemblées et entretenues. Une petite trentaine de pacifistes britanniques, écossais, gallois, français, finlandais et belges ont bloqué l’une des entrées de l’AWE pendant 5 nuits et 5 jours et actuellement, quelques irréductibles sont toujours occupés à camper et bien décidés à rester jusque fin juin ! Soit, une première pour les pacifistes britanniques de Trident Ploughshares qui n’en sont pas à leur première action à Burghfield. Le message politique des pacifistes est de plaider pour un désarmement nucléaire et après la manifestation historique qui a rassemblé en février 80 000 personnes dans les rues de Londres, l’objectif est de continuer à faire pression sur le gouvernement britannique pour qu’il abandonne son projet de remplacement et de modernisation de son programme nucléaire Trident dont le coût est estimé à 167 milliards £, ceci dans une période où l’austérité n’épargne pas les anglais et leurs secteurs publics (santé, éducation,…).

Récit de Benjamin H., volontaire d’Agir pour la Paix

Rendez-vous à la Gare du Nord à l’aube. Ça a commencé comme ça. Luis, Marie-Laure, Cyprien et moi. Quatre sacs à dos dans la soute d’un bus, une mission en tête, et hop ! direction l’île la plus proche… l’Angleterre.

Une traversée au sol tremblant sous les eaux de la Manche et une banlieue de Londres interminable, c’est ce qui a caractérisé le voyage. Puis on est arrivé sur place, à Reading, à l’ouest de la capitale. Et, au détour de quelques « Hi, my name is…, I’m from… », on a discuté de l’action du lendemain.

Bloquer une usine de fabrication d’arme nucléaire. Tout de suite, on a mis la main à la pâte avec l’équipe des militants anglais de tous âges et de toutes expériences. Y avait des finlandais, des françaises et nous, les quatre belges. Ça c’était le premier cercle. Parce qu’y en avait un second : la police. Ils rôdaient à droite à gauche, entamaient quelques discussions sur les protestataires comme si de rien n’était.

Le premier soir on a dormi devant l’entrée. Il a beaucoup plu, la nuit. Et y avait pas assez de tentes pour tout le monde. Ça nous a mis dans le bain pour le premier jour de blocage qui s’est déroulé sans embarras. On bloquait pas la route, faut dire. La police nous toisait toujours du coin de l’œil mais n’intervenait pas. On était une vingtaine de personnes éparpillées en petits groupes : certains faisaient des origamis, d’autres de la préparation de logistique. Puis y en a qui se baladaient sur les bords de la marre de derrière les champs. D’un côté de la rue, l’usine nucléaire, de l’autre un espace naturel avec biches, faisans et lapins. Le contraste total.

De la nourriture végétarienne nous était servie régulièrement. On manquait pas de faim. Les policiers, eux, tournaient toujours. Ils guettaient le moindre incident. Ils ont presque arrêté une militante parce qu’elle nouait ses origamis sur les grillages de l’enceinte.

La soirée a été animée par des chansons et puis, après une réunion de préparation d’une action plus forte prévue le lendemain matin. On est rentré au repère de Quakers… au sec.

Au petit matin du deuxième jour, on a préparé des lock-on et des mousquetons, on a défini les rôles et on est parti pour la mission de blocage de la « Main Gate » sur l’unique route. Fallait aller vite car l’objectif était de se coucher à terre juste à côté des checkpoints. Aussitôt à l’approche du périmètre, on s’est fait avoir par la police planquée dans une camionnette style « chantier ». Ils nous ont demandé de nous garer sur le bord de la route et, courtoisement comme le sont les bobbies, nous ont escorté vers le premier endroit de blocage où nous étions la veille. L’action choc était avortée mais pas la bonne humeur. Il a fait beau, ce deuxième jour, ça a donné de l’énergie à chacun.

On en a profité pour faire des photos, de l’observation des alentours du site et pour jouer au scrabble. Des discussions politiques, philosophiques ou de la vie de tous les jours de chacun ont alimentées la journée, de quoi mieux se connaître. Puis le soir et la nuit sont venus. Et le lendemain matin, on a mis les voiles en bus et en train jusqu’à notre capitale.

La production d’armes nucléaires a pu être arrêtée un laps de temps, grâce à notre mobilisation… à seulement vingt. De quoi se rassurer sur l’efficacité de notre action et mieux comprendre la puissance du local sur le détournement de projets globaux néfastes. Ça a marché !

C’était ça, l’expérience Burghfield.

Benjamin H.

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